Il a été bon, Macron

Je n’avais pas envie de regarder l’allocution télévisée du président, hier à vingt heures. J’avais l’impression que c’était inutile, j’entendais d’avance le ton énervant qu’il prend quand il veut jouer l’autorité, un ton de curé, enfin le ton que prendrait quelqu’un qui aurait été au lycée dans un bahut privé pour la bonne bourgeoisie d’une ville de province. Je l’entendais par avance passer un savon aux français : « La liberté de manifester un est droit fondamental pour tous les français, mais la République ne to-lè-re-ra pas les débordements tels que ceux auxquels nous avons assisté ce soir. Des mesures seront prises, les coupables seront punis, blablabla… ».

Le soir venu, je remarque qu’il est vingt heures zéro une. Et je cherche où aller écouter le sermon présidentiel. Sur la chaîne Youtube de l’Élysée, la vidéo est en train de jouer, il y a écrit « diffusé il y a 1m ».
Forcément, puisque j’arrive avec une minute de retard.

Et là, surprise, il n’est question d’aucune poubelle incendiée, le président ne menace personne, ne donne pas de leçons, bien au contraire, il entre dans le gras, il parle de ce que personne ne veut voir mais qui est bien là : la guerre. La guerre d’agression de Poutine contre l’Ukraine, les manœuvres de Poutine dans l’aéroport de Leipzig, la guerre hybride, les provocations, tout un tas d’actions contre lesquels Vladimir Poutine, dit Emmanuel Macron, a tort de croire qu’elles sont sans conséquences, car l’Europe est solide. Il parle aussi de l’autre guerre, celle de Trump et Netanyahou en Iran, et ses conséquences sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Ces guerres que nous n’avons pas choisies ont des conséquences sur notre pouvoir d’achat, sur le prix du pétrole et du blé, et si de nombreux français souffrent de la vie chère — c’était l’objet de la manifestation nationale —, c’est à cause l’inconséquence de ces gens-là : Poutine, Trump et Netanyahou1.
Enfin bref, ça fait du bien d’entendre un président parler des questions concrètes, et en même temps, de prendre de la hauteur face à un phénomène qui s’inscrit dans des mouvements de l’Histoire plus larges2.

Pourtant, je suis le seul à l’avoir entendu comme ça, sur Bluesky tout le monde râle contre son appel à la fermeté face aux casseurs3, la séparation qu’il fait entre les « revendications légitimes » et « les violences », sans se poser aucune question qui ferait porter une responsabilité sur la politique de son gouvernement ou la gestion de la journée par son ministre de l’Intérieur4.

Je dois dire qu’à ce stade, je me suis senti un peu perdu : on n’a pas regardé la même vidéo, ou quoi ? J’ai peut-être été inattentif mais je n’ai pas entendu la moindre allusion aux manifestations. Un post de Marine Tondelier m’apporte la réponse : effectivement, on n’a pas regardé la même vidéo !

Le décor n’a rien à voir.
La vidéo que j’ai lancée sur Youtube ne datait pas d’une minute mais d’un mois. Ben oui, « diffusé il y a 1m » c’est une formule ambiguë, à vingt heures zéro-une.
C’est bête, il était pas mal, Macron, cette fois-là.
Ce matin, j’ai écouté la vidéo que tout le monde avait vue sauf moi, et j’admets qu’elle est aussi plate que prévu, avec des mots-clés attendus et creux (« ultra-gauche », c’est quoi, exactement ?), des super mesures qui sont d’ores et déjà prises pour aller à la rencontre des zzzzzzzzzz… on se croirait à l’époque des gilets jaunes.

  1. Il ne va cependant pas jusqu’à accuser des agents de Poutine d’avoir mis le feu à la mairie de Limoges, idée qui m’a traversé l’esprit, en apprenant que cet incendie avait été préparé, que ce n’est pas la conséquence d’un débordement erratique de manifestants excédés, mais le fruit d’une planification déterminée. Les désordres en marge des manifestations, qui font apparaître le manque de contrôle des autorités et épouvantent le téléspectateur sont aptes à favoriser la candidate de Poutine, Marine Le Pen. [↩]
  2. Je suis un peu désespéré quand j’entends des gens dire qu’on n’a pas les moyens de financer la guerre en Ukraine car les Français souffrent des prix sont prohibitifs : d’une part les deux sont liés, et d’autre part, si [↩]
  3. Au passage, j’ai remarqué que les médias abusaient de la formule « loi casseur-payeur » pour qualifier une loi à venir, sans remettre en cause son contenu. Or il est très malhonnête : la loi prévoit déjà que c’est au responsable d’une dégradation de payer, c’est le principe de l’individuation des peines. La loi dite « casseurs-payeurs » propose au contraire de faire payer non pas les auteurs de délits mais les gens qui se trouvent dans le périmètre au moment où le délit est commis. Cela devrait donc s’appeler « loi si-ce-n’est-toi-c’est-donc-ton-frère ». [↩]
  4. Je me suis toujours demandé ce qui se passerait si on n’envoyait pas de myrmidons masqués en ordre de bataille face aux cortèges de manifestants. Est-ce que ce simple dispositif n’induit pas une situation de confrontation qui explique tout ce qui se passe ensuite ? [↩]

L’affaire de la casquette

Paris → Le Havre
Peu avant le départ du train, un type va s’asseoir à quelques places. Quelqu’un parle fort depuis le téléphone qu’il a, je crois, dans sa poche. Je ne comprends pas trop : on dirait qu’on lui donne des instructions. Je me dis : il va me plaire, celui-là. Et puis non, le son s’arrête, au point que j’ai cru qu’il avait changé de voiture.

Quelques minutes après le départ, cinq agents de la sûreté ferroviaire entrent dans la voiture, en parlant de vérification de titres de transports, mais ils font semblant de regarder les téléphones que les passagers leur montrent, ils viennent en fait pour le type dont le téléphone était sur haut-parleur.
Ils fouillent ses affaires, il jure qu’il n’est pas un menteur et que ça fait des mois qu’il ne fume plus. Je ne comprends pas exactement ce qu’on lui reproche : « là, monsieur, ça fait deux infractions, déjà ». J’imagine qu’il n’a pas de billet. Il se lève, je le vois mieux. Casquette, jogging, il doit approcher la cinquantaine, un peu fabrile, évidemment, mais pas agressif, au contraire. Les policiers sont détendus. « C’est à vous, ça ? — Oui oui je vous le jure, je suis pas un menteur, c’est un cadeau de ma femme, elle l’a payé 400 euros — Vous avez la facture  ? — Oui oui, j’appelle ma femme, elle vous dira — À la rigueur, parlez pas à votre femme, demandez-lui juste la facture — Allo ? Je suis avec la gendarmerie, ils vont m’emmener au poste… — (au moins trois policiers en même temps) Non non pas au poste — Euh ah ouais alors il me faudrait la facture de la casquette. Ouais la casquette, ok (il raccroche) — Si elle a payé ça 400 euros elle s’est fait avoir hein. Vous voyez, normalement, ça c’est aligné, sur une vraie. ».
Les policiers et l’homme à la casquette sortent à Bréauté-Beuzeville. Je n’ai pas réussi à voir ce que cette casquette avait de spécial.

The Princess’ Gambit

Je suis hypnotisé par les vidéos de Lucie Pichard, jeune prodige des échecs. Elle a l’âge d’apprendre à lire, mais elle est déjà, sinon une championne, en tout cas une joueuse de très bon niveau, qui s’illustre notamment dans les parties « rapides », le « blitz » et surtout le « bullet », naguère mal vus mais désormais importants dans le domaine des échecs. Les compétitions en ligne n’appartiennent pas non plus à l’Histoire noble des échecs (il y a un classement Elo différent pour les parties canoniques et les parties en ligne) mais elles permettent à Lucie de consacrer des heures chaque jour à travailler sa technique. Elles ont aussi transformé le monde des échecs, et en font un e-sport, animé par de nombreux « influenceurs » et autre « créateurs de contenu », dont fait partie Lucie à sa manière, précoce. Le fait que BigBlue ait battu Gary Kasparov a sans doute transformé les échecs en son temps, mais les plate-formes en ligne et les réseaux sociaux sans doute bien plus encore.

Ce qui me fascine avec la petite Lucie, moi qui suis un vrai nul aux échecs, je l’ai raconté ailleurs, c’est de voir à quel point son jeune cerveau est mobilisé par le jeu. Tandis qu’elle s’agite sur sa chaise, écoute ce qui se passe à droite et à gauche, discute, le plateau de jeu semble parfaitement dessiné dans sa tête, car elle n’a même pas besoin de voir son adversaire agir pour savoir non seulement quelle pièce a été déplacée, d’autant que souvent elle l’avait prévu, mais quelle pièce elle va bouger en réponse. Et souvent elle tend la main à son adversaire avant même qu’il ait compris qu’il était mat.

Mais il y a un petit danger à l’exposition dont Lucie fait l’objet. Plusieurs personnes réagissent épidermiquement, se rappelant bien sûr des enfances sacrifiées, consacrées à des castings ou des compétitions sportives, par le vœu de parents qui, au mieux, veulent encourager le talent de leur progéniture, mais qui peuvent avoir une face bien plus sombre qui frise la maltraitance. Pas moi. J’étais plutôt en confiance en voyant Lucie entourée de maîtres et grands maîtres tels que Julien Song et Dina Belenkaïa — laquelle a de bonnes raisons de savoir ce qu’est une enfance de championne (quoique avant les réseaux sociaux), et ma foi, elle ne semble pas en avoir souffert plus que ça, elle a beaucoup d’humour et semble très bien mener sa barque. Et une autre chose me rassure, qui est que Lucie est effectivement très forte. Car il existe aussi des parents qui investissent tout dans la carrière d’enfants qui n’auront pas les moyens d’atteindre le but voulu. On peut comprendre la logique qui consiste à ne pas décourager un talent déjà affirmé.

Mais tout de même, j’ai petit à petit senti monter une forme de malaise devant les posts quotidiens avec des titres tels que « La princesse écrase son adversaire », ou autres formules finalement peu respectueuses (même si j’ai eu l’impression très subjective que ça s’arrangeait, tout récemment). Les joueurs (tels que je les vois sur les réseaux sociaux) aiment bien se taquiner, se déconcentrer mutuellement, faire du trashtalk, ça semble faire partie du jeu, mais ils ne postent pas des publications victorieuses avec des mots humiliants — à la rigueur, et avec humour, certains font le contraire et donnent à leurs publications des titres qui les rabaissent eux-mêmes : « je me fais écraser par un joueur de douze ans » ; « je croyais remporter facilement le tournoi mais… » ; etc.
Et puis Lucie a commencé à être médiatisée par des chaînes Instagram comme Konbini et, tout récemment, elle est passé à la télévision, dans Télé-Matin, accompagnée de son père, qui confie à un moment que la mère de Lucie est parfois inquiète de la place que prennent les échecs dans la vie de la petite fille, qui dit s’entraîner sept heures par jour !

Lucie, derrière sa chaise. Son père Nicolas se trouve à gauche. Il m’a eu l’air bien jeune (certes, quand on est vieux, tout le monde semble jeune) et il l’est d’ailleurs selon mes critères puisqu’il est né, si ma rapide enquête est juste, en 1993.

On la sent un peu embarrassée d’être le centre d’attention du plateau. À un moment elle se cache sous la table pour dormir, dit-elle, avant de revenir presque instantanément. La séquence n’atteint pas un point vraiment dérangeant, mais elle le frôle, enfin je me suis dit en la voyant que tout ça commençait peut-être à faire trop.

Une publication datée du trente août, hier, donc, m’a donné l’occasion d’évoquer ce sentiment :

Même s’ils ne disent rien de scandaleux, j’ai anonymisé les commentateurs.

J’ai trouvé ce communiqué un peu étrange. J’ignore ce qui s’est produit, mais on comprend entre les lignes que la Fédération française d’échecs a fait part de son mécontentement aux parents de Lucie quant au traitement d’adversaires filmés qui seraient peinés de la présentation qui est faite des parties qu’ils ont disputé avec la fillette. Enfin c’est ce que je crois y comprendre.
Les commentateurs semblaient unanimes à condamner la Fédération, accusée de vouloir brider le talent de Lucie…

Voici ce que j’ai posté :

J’aime beaucoup les vidéos de Lucie, je les trouve drôles, j’aime bien le naturel enfantin avec lequel elle joue… Et gagne.
Ceci dit ce message que vous postez est légèrement bizarre, presque inquiétant, désolé de le dire, notamment parce que vous dites « faire ces vidéos est un choix de Lucie ». C’est sans aucun doute une vérité, si on lui demande, mais vous êtes probablement assez grands pour savoir qu’elle le fait aussi pour faire plaisir à ses parents, et vous êtes assez grands pour vous douter qu’à six ans, la conscience qu’on a des effets des vidéos, de la médiatisation et d’Internet est très limitée.
Les enfants de pasteurs évangéliques qui récitent la Bible avec sérieux à six ans ou les enfants d’imams qui récitent le Coran par cœur au même âge sont persuadés de faire ça pour eux-mêmes. Les enfants qui passent leurs dimanches à faire du sport car leurs parents pensent qu’ils seront des champions croient aussi faire ça pour eux-mêmes. Le fait est que Lucie a un talent véritable et que sa passion est certaine, mais je pense qu’ils faut rester attentif aux effets de la médiatisation. Je ne dis pas qu’elle va rejoindre la longue cohorte des « enfants stars » qui font leur première cure de désintoxication à douze ans, mais il faut trouver où placer le curseur entre une enfance normale et une enfance extraordinaire. Et c’est à nous, public, d’être responsables aussi et de ne pas transformer une petite fille en créature de cirque dont on attendrait du trashtalk (combien de petites filles parlent de « tester le level de testostérone » d’un adversaire, au fait ? Ce titre de publication était vraiment limite) et de la vantardise…
Je dis ça en toute bienveillance : il faut faire attention, c’est une enfant. Ce que dit la FFE sur les consignes, c’est le problème de la FFE, mais il faut penser à l’avenir de Lucie. Dans la séquence de télé-matin, elle se cache sous une table à un moment, ça sent un peu le burn-out médiatique. À six ans !

J’ai corrigé une paire de fautes d’orthographe et quelques soucis de ponctuation, mais c’est en gros exactement ce que j’ai posté. Je remercie la personne qui avait eu le réflexe d’en faire un copier-coller et me l’a transmis.

Un certain nombre de gens ont liké mon commentaire, une personne m’a remercié à sa suite, et une autre en message privé. Et puis ce matin, cette contribution avait disparu. Je me suis contenté d’un petit message pour m’en étonner, et pour toute réponse j’ai découvert quelques heures plus tard… Que je n’avais plus accès du tout au compte Instagram de Lucie Pichard, et ceci avec mes quatre comptes Instagram différents.

En passant en « navigation privée », j’ai pu accéder à nouveau à ce contenu, voir que mon second commentaire avait disparu lui aussi…
Enfin en gros, plutôt que de me répondre et de me rassurer quant à leur sens de responsabilités, les parents (et à mon avis, surtout le père) m’ont tout simplement bloqué. Et j’imagine que toute autre personne, et il doit y en avoir, qui s’inquiète un peu de la médiatisation de Lucie ou du ton de certaines publications, subit le même genre de censure.

J’espère qu’il est clair que mon propos n’était pas le dénigrement ni les procès d’intention envers les parents. Et que le présent billet est écrit dans un même esprit de vigilance et d’inquiétude, lesquelles sont un peu accentuées par la (non-)réponse un peu brutale qu’elles ont reçu.

Trump’s unaired interview

…had a phonecall with the pope. Great guy. Terrific pope. The best pope. He’s the first american catholic pope you know that? I asked him to endorse my policy on aliens. He didn’t want to. He’ll change his mind eventually, I can make him change. He said no. He’s a bad pope, an evil pope. He’s not even a pope you know? His election was rigged. Vatican is protected by NATO but they don’t pay for protection. That’s not fair. I can attack him you know. They don’t have nukes. I don’t want to come to that but we’ll see how it goes. The iranians called me too. They beg me to ceasefiere, they want a deal, they want it bad, they will accept anything I want. That’s a good thing. It will lower the gas price by a thousand percent, you’ve never seen anything like it. But they’re not good people you know. They still send missiles. I asked the prime minister of the islamic republic of Japan why he does that but he said he had nothing to do with it. I don’t buy that. I don’t know why they say that. Maybe they think I’m retarded. I’m not. I’m having cognitive tests on a daily basis you know. Nobody ever thought about making Obama pass a cognitive test, he just never did that. I aced it. A doctor told me I should never have to pass these tests, he said the result was obvious. Nobodny said that about Obama you know. And Obama never tried to seize Greenland you know. He had no idea he could do that. Denmark, it’s not even a country. They didn’t pay for protection, and now they don’t want to give me Greenland. That’s not fair. Tell you what: the whole world is jealous of my presidency. Many countries want me as a president. America has never been respected like now. So successful. Had a great meating with president Putinsky. He’s a very nice leader of the russian republic of Ukraine now. He was a loser last year but now he’s okay. They all get in line to be in a picture with me you know. Meloni, the italian chick, she wanted a picture with me so badly. She tried to rip off my shirt you know. She gives me that intense look. She wants my body. I don’t know why I do that to women. But I’m not interested, she’s way too old for me you know, she has good ideas, my ideas, she stole ideas from me you know, she won’t give me credit for that. That’s not faire but I don’t care. She’s not attractive. I’m not a loser. I’m in perfect shape. I’m as fit as in the nineties. Doctors keep telling me that. They
Zzzzzzzzzzzzzzz

Ah ben bravo la Sofia qui me fait passer pour un idiot

Donc ce matin, je reçois un mail de la Sofia, la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit, si vous ne connaissez pas, qui gère les droits de prêt en bibliothèque et les droits de copie.
Je parcours en diagonale, puis un peu plus en détail : apparemment c’est Noël, la société californienne Anthropic a été condamnée à débourser 1,5 milliards de dollars pour indemniser les auteurs spoliés dont les œuvres ont servi à entraîner le Large Language Model Claude.ai.

Et en tant qu’auteur, je risque d’être concerné, on va peut-être me verser trois mille dollars, là, comme ça, trois mille balles sans rien faire1. J’ai juste besoin de cliquer sur un lien situé sur un serveur Arménien nommé http://09mm.mj.am. C’est pas un nom pour un serveur. Tous les liens du mail (« Règlement en matière de droit d’auteur » ; « Je vérifie si mes livres sont concernés » ; « en remplissant le formulaire ») pointent vers ce serveur, chacun suvi d’une liste cryptique de caractères. C’est aussi sur ce serveur que les images contenues dans l’e-mail sont stockées, Thunderbird se refuse à les afficher, car une image externe est souvent aussi un mouchard.
Je me garde bien de cliquer sur quoi que ce soit.

On me dit que je peux me connecter sans avoir besoin de mes identifiants Sofia. Et une fois arrivé sur la page en question, me dit-on, il ne me restera plus qu’à saisir mes coordonnées personnelles et mes coordonnées bancaires.
Tout en bas du mail, on me dit que si je rencontre des difficultés en tentant de remplir le formulaire, je n’ai qu’à contacter Florence-Marie Piriou, qui n’est autre que la secrétaire générale de la Sofia, dont on me fournit l’adresse e-mail nominale — pas « assistance@sofia » ou « secrétariat@sofia », mais bien « fpiriou@sofia ». C’est comme si les impôts ajoutaient l’e-mail du ministre de l’Économie en fin de mail pour les gens qui ont du mal à se connecter. Euh non pas tout à fait pareil car personne ne sait qui est ministre de l’Économie actuellement, on a tous perdu le fil, mais bon vous voyez l’idée.

J’ai bien sûr écrit à la Sofia pour signaler cet e-mail frauduleux. Sans réponse. Il faut dire que pour beaucoup de gens, demain, ce sont les vacances de Noël, tout le monde est occupé à tout sauf à travailler, on prend des apéros, on va acheter ses cadeaux, on ne répond pas à des signalements de phishing. Malin de la part des escrocs d’envoyer un mailing massif le vendredi qui précède des vacances. L’e-mail me semblait bien fichu, sans fautes d’orthographe (mais depuis chatGPT, c’est malheureusement courant) alors j’ai posté sur divers réseaux sociaux pour lancer l’alerte auprès de tous mes amis auteurs : « ne cliquez pas, malheureux ! ».
Car non, aucune épouse de dictateur africain ne veut nous donner un milion, non Bill Gates et Mark Zuckerberg n’ont pas décidé, après tirage au sort, de nous léguer une fraction de leur fortune à condition que nous leur fournissions nos coordonnées bancaires. Et aucune start-up californienne n’est pressée d’indemniser les gens qu’elle a spoliés.
Ça n’existe pas, tout ça.

Marcus Gheeraerts (~1565-1636), la fable du garçon qui criait au loup.

Mais voilà, tout ça était tellement suspect que j’aurais dû me douter, évidemment, que c’était un e-mail absolument légitime. Car ça l’est.

  1. Par un hasard intéressant, depuis que je suis adhérent, la Sofia m’a versé environ trois mille euros en tout. [↩]

Poste Bancale et sécurité

La téléopératrice qui tentait de m’aider à changer d’« appareil de confiance » (voir épisode précédent) m’avait proposé de me tromper intentionnellement de mot de passe trois fois, afin qu’un courrier automatique me permette de le réinitialiser.
Je me suis exécuté, et depuis une semaine je n’ai plus accès à rien du tout, j’attends un hypothétique courrier. Personne ne peut m’aider, mais on me propose quand même une solution :

«— Ah, vous n’avez pas de téléphone mobile ? C’est très important pour la sécurisation de vos opérations vous savez.
— Je ne vais pas acheter un téléphone pour accéder à mon compte en banque c’est absurde. J’ai le même compte bancaire depuis quarante ans ou presque, les téléphones mobiles n’existaient pas.
— Je comprends. Peut-être que vous pouvez utiliser le numéro de mobile d’une connaissance pour recevoir le SMS de réinitialisation de votre mot de passe ?‭ »

En effet, dans le cadre de la sécurisation des opérations bancaires, il faut avoir un zéro-six, et peu importe à qui il est.
Hmmm.

Poste Bancale et facteur humain

Mon compte courant est à La Banque Postale depuis absolument toujours. Enfin presque, puisque longtemps cette banque s’appelait tout simplement La Poste, et c’était un service public, et la seule banque avec une agence par village ou presque — mais qui mettaient environ deux semaines pour se transmettre un chèque ou une information bancaire d’un département à l’autre, enfin c’est une autre histoire, mais cela m’avait causé en son temps bien des problèmes. Il y a quelques années, cette banque a tenté de m’imposer l’usage d’un téléphone mobile, censé prouver mon identité pour toutes les opérations telles que des virements. Je n’ai pas de téléphone mobile et je ne compte pas en avoir, mais j’ai finalement pu installer l’application idoine sur ma tablette — car ça, j’ai — après avoir reçu un code confidentiel par courrier postal. Récemment, j’ai acheté une nouvelle tablette, j’y ai installé l’application de la banque, mais impossible de l’utiliser, il fallait que je change d’« appareil de confiance ». Je comprends le principe.

Mais un mois et des relances plus tard, toujours aucun code n’arrive par voie postale.
Dans mon bureau de poste, un employé me dit que c’est sans doute lié à la mise-à-jour de mes informations personnelles, qu’il faut que je fournisse mon avis d’imposition. Hmmm. Si c’est ça, pourquoi est-ce que ce n’est pas le site de la banque qui me le dit ?
J’appelle la banque, où une jeune femme pense connaître l’astuce qui va tout débloquer :

« — Ce que je vous propose c’est de faire trois fois un code erroné pour vous connecter au site…
— allons bon !
— …À la troisième tentative, ça vous bloquera…
— hmmm, okay… [je n’aurai même plus accès à mes relevés mensuels dématérialisés]
— …Et là vous recevrez automatiquement un nouveau code d’activation par e-mail.
— Bon, ok. Une, deux, trois fois… C’est fait, mais ça ne me donne pas de message disant que je suis bloqué.
— …Vous êtes sûr de l’avoir fait ?
— Ben oui ! [ok, je réessaie une fois, dans le doute]
— Ah mais là je vois que vous avez fait quatre tentatives. Du coup ça bloque tout, ça ne vous enverra pas de courrier1.
— allons bon !
— Oui. Alors ce que je vous propose c’est d’attendre lundi, pour avoir à nouveau le droit de faire trois codes erronés. Mais juste trois.
— Et vous vous ne pouvez vraiment rien faire, de votre côté ?
— Ah non, il faut que vous recommenciez lundi. »

J’ai dit — sans manifestation excessive de mauvaise humeur, je sais bien que cette personne n’y est pour rien — que la banque postale était vraiment un service branquignol. Et j’ai pensé très fort qu’il faudra un jour que je cède à la merdification de ce service semi-public, programmée de longue date par toute la classe politique, pour prendre un compte courant chez un concurrent privé.

Au guichet, un employé du même service m’avait vanté le fait que j’avais, comme interlocuteurs, des humains, et que c’était l’avantage d’être client de cette banque plutôt que d’une autre. Mais sont-ce vraiment des humains, qui nous répondent au téléphone ou derrière un guichet, s’ils sont contraints par un ensemble de procédures mal conçues, sans aucune marge de manœuvre pour remédier à quoi que ce soit ? Si leur conversation suit un script qui leur échappe (et plus encore avec les LLMs) ? Leur seule utilité en tant qu’humains, c’est, j’en ai peur, que les clients excédés peuvent se défouler sur eux verbalement (ou pire).
Le monde moderne, ma bonne dame.



  1. Je suis peut-être un peu idiot mais si je comprends, toute personne connaissant le numéro de mon compte peut s’amuser à m’en bloquer l’accès ! [↩]

Nique ton semestre

(Le Havre, dans le tram. Ils ont la petite vingtaine. Lui est brun, avec une moustache de jeune homme. Elle, blonde, petite, un peu boulote, les joues rouges, plutôt jolie)

« — Ah et toi, t’habites où ? Ah je sais, t’es à côté du stade !
— T’as retenu ! Et toi t’es plutôt vers Mare Rouge, là-haut.
— Ouais, enfin ouais pas tout à fait mais ouais.
— Et la fille… Elle habite où, la fille ?
— [un peu morgueux] Laquelle ?
— Ho putain !…
   …Ben tu sais, celle qui fait son truc à Rouen…
— Ah, ouais. Elle m’a niqué ! Elle m’a bien enculé. Je me suis pris un gros retour de flamme, quoi.
— Wow. Et là, t’es sur une autre ?
— Ah non moi j’arrête, c’est fini, enfin je fais une pause.
— T’as bien raison.
— Enfin d’abord je nique le semestre et après on verra.
— Je descends !
[ils se font un check]
— À demain ! »

Les meilleurs carrés

C’est l’été, j’en profite pour faire un top 10 des meilleurs carrés !
Cette liste est bien entendu subjective.
Et vous, quels sont vos carré favoris ?

10. Le carré de dix

Le carré de dix, c’est le nombre 10 élevé à la puissance 2, donc 10×10, ce qui donne cent. Vous pouvez compter si vous n’avez pas confiance.

9. Dix carrés

Dix carrés s’obtiennent en prenant le nombre 3 élevé au carré, ce qui donne 9, et on ajoute ensuite un dernier carré là où on trouve de la place.

8. Le carré raté

Le carré raté ressemble un peu à un carré mais en moche

7. Le losange

Si on fait pivoter un carré de PI/4 radians, les gens voient un losange. Cette illusion d’optique est connue depuis l’Antiquité mais à l’époque on appelait ça rhombe (ρόμβος).

6. Un losange qui fait son intéressant

Assez troublant : en pivotant à nouveau de 45° voire même de PI/4 radians dans le sens des aiguilles d’une montre, notre losange ressemblera à s’y méprendre à un carré, alors qu’il s’agit bien au départ d’un losange. Plus étonnant encore, ça fonctionne aussi dans le sens inverse des aiguilles d’une montre !

5. Le faux-carré

Il a l’air d’un carré mais si on mesure, on voit que la hauteur et la largeur ne sont pas égales. C’est donc un vulgaire rectangle. Mais puisqu’il a essayé quand même on parle de « faux-carré ». On peut inscrire un cercle dans un faux-carré mais en général y’a quelque chose qui dépasse. C’est un peu pareil avec la coupe de cheveux qu’on appelle « faux-carré ». Les carrés de chocolat sont un autre exemple célèbre de faux-carrés car ils ne sont presque jamais carrés.

4. Le carré d’infanterie

Inventé par les romains, le carré d’infanterie est une formation militaire en ordre serré, destinée à épater les barbares de Gaulle ou de Germanie. Ça a marché un temps.

3. Le carré blanc sur fond blanc

Cette peinture de Kasimir Malevitch, peinte en 1918, est un des plus célèbres monochromes de la peinture contemporaine et est une des œuvres emblématiques du mouvement Suprématiste.

2. Le carré magique

Le carré magique, découvert par des mathématiciens chinois il y plus de 2500 ans, est un carré dont les colonnes et les rangées ont le même produit (ici : 15, car 2+9+4=15, 7+5+3=15, 2+7+6=15 etc.). C’est l’ancêtre du Sudoku.

1. 2⁶ Mariah Carré

Le nombre 2 élevé au carré donne 4 qui, au cube, donne 64. Mariah Carey est une chanteuse capable de couvrir cinq octaves et quatre demi-tons, soit 64 demi-tons. Essayez d’en faire autant, vous m’en direz des nouvelles.

(images 100% générées vite-fait-mal-fait avec le langage Processing)

Dictionnaire des idées reçues 2.0

On vous envoie un texte bien écrit avec lequel vous voulez ne pas être d’accord, sans avoir d’arguments à lui objecter ? C’est embêtant !
On vous fait visionner un extrait télévisé où quelqu’un qui vous est antipathique dit quelque chose de sensé, vous place face à une contradiction morale ou logique, et vous ne savez pas comment réagir ? Je vous comprends !
Votre idole philosophique, politique, éditocratique, se paie une honte cosmique face à un contradicteur qui vous déplaît ? C’est embarrassant.
Chaque fois que nos préjugés sont bousculés par un raisonnement imparable ou des informations solides, nous sommes victimes d’une forme de stress déplaisant. Afin d’évacuer ce sentiment, et à défaut de pouvoir contrer le propos sur le fond, nous devons disqualifier la personne qui l’a émis.

Avez-vous envisagé de recourir à la pensée mécanique, aux automatismes dialectiques, aux arguments-réflexes, à tout ce que le psychologue Robert Jay Lifton nommait les Thought-terminating-clichés (« cliché interrupteur de réflexion ») ?
C’est très commode, ça vous aidera à retrouver votre tranquillité d’esprit chaque fois que vous êtes sur le point de vous dire « et si j’avais tort, en fait ? » . Et ça aidera vos amis victimes du même problème à éviter de trop réfléchir eux aussi. N’oubliez pas : réfléchir réclame énormément d’énergie, c’est donc une activité à ne pratiquer qu’avec modération. Essayer de se souvenir pourquoi on est irrité par telle politicienne, tel journaliste, est parfois trop difficile, il faut donc trouver une raison rapide, un principe imparable qui coupe court à tout examen ultérieur.

Dans ce but, je propose de réaliser une liste (à étendre) de personnes, associées à un poncif disqualifiant. Une telle liste vous permettra d’être parmi les premiers à dégainer et vous donnera l’air supérieur sur les réseaux sociaux, car dans tout mouvement de meute, il est plus valorisant d’être le premier à mordre que le dernier à aboyer.

Idéalement, ces poncifs devront être fondés sur des faits vérifiés. C’est pourquoi nous éviterons ceux qui ont été inventés, même lorsqu’ils sont utilisés si intensivement qu’ils ont fini par devenir des vérités pour ceux qui les émettent, malgré les rectifications factuelles (exemple : « Najat-Vallaud Belkacem voulait imposer l’Arabe à tous les écoliers dès la primaire »).

Marine Tondelier : « a invité Médine »

Dominique de Villepin : « a reçu de l’argent du Qatar »

Edwy Plenel : « a accepté un débat avec Tariq Ramadan » ; « a organisé un débat avec Macron en 2017 sur Mediapart »

Marlène Schiappa : « a publié un livre humoristique sur le sexe »

Virginie Despentes : « a « compris » les frères Kouachi »

Médine : « a été invité par Marine Tondelier »

Florence Foresti : « le 28 février 2020 elle a quitté son boulot avec un quart d’heure d’avance alors qu’elle était très bien payée ».

[n’importe quelle actrice/mannequin qui accuse un producteur, réalisateur, photographe, etc. de viol ou harcèlement] : « à l’époque elle était bien contente d’avoir un rôle » ; « elle fait ça pour se faire de la publicité » ; « Elle surfe sur la vague Metoo » ; « Elle aurait dû en parler avant ».

[toute victime de violences policières] : « On n’a pas vu ce qui se passe avant la séquence »

[un journaliste molesté par les forces de l’ordre] : « Ce n’est pas un journaliste, c’est un militant »

[Toute personne liée à l’Université Paris 8] : « Il y a eu un « atelier non-mixte » un samedi en avril 2016, donc cette université [et ses 1000 profs et ses 20 000 étudiants] sont des communautaristes à la solde de Daech ».

Ségolène Royal : « a inventé le néologisme bravitude »

Audrey Pulvar : « a des lunettes hors de prix en écailles de tortue »

Christine Boutin : « est mariée à son cousin »

Omar Sy : « a refusé un selfie, n’est pas si sympa que ça »

Jean-Luc Mélenchon : « n’est pas vraiment de gauche, est propriétaire de son appartement »

Vikash Dhorasoo : « tapait moins sur le capitalisme quand il était joueur de foot. N’a jamais marqué un but »

Vous m’en trouvez d’autres ? (pas seulement de droite, il y en a aussi de beaux à gauche j’imagine).
Notez que les commentaires sont ouverts, mais ne sont pas publiés immédiatement, la modération est malheureusement indispensable du fait des centaines de messages de spam publiés quotidiennement par des robots.